
Il est plus difficile de quitter la Légion étrangère que d'y entrer. Et rares sont ses anciens (Les Maréchaux) à aligner un parcours probant d'entrepreneur comme celui de Minh Tran Long : ce Franco-Vietnamien de 47 ans est le cofondateur de Crossroads (entreprise de logistique événementielle et d'organisation de sons et lumières) et d'Agent double, agence de photographes de mode.
"Dans la Légion, on ne se pose pas de questions. La réinsertion civile peut très vite devenir un parcours du combattant", insiste-t-il. Pourtant, sans cette expérience, jamais ses sociétés ne seraient devenues pérennes. Quand Ola, futur Orange, veut fêter Halloween, son agence de pub imagine parsemer les jardins du Trocadéro de citrouilles géantes.Cinq ans après sa création en 1992, Crossroads mobilisera pour une courte nuit une cinquantaine d'intermittents du spectacle pour décharger six semi- remorques de courges de quelques dizaines de kilos ! Avant de tout remballer à l'issue du week-end. D'autres exploits suivront : avec Yvan Inman, organisateur de happenings, elle posera et enlèvera sur les Champs-Elysées des avions, des trains, un stade olympique, etc., sans perturber la circulation de l'artère.
Outre les défilés de mode pour Chanel, Dior et consorts, des tournées de Johnny Hallyday, les activités se diversifieront vers la création de spectacles en projection argentique géante, comme lors des pèlerinages de Lourdes. Avant de s'accomplir, Minh Tran Long s'est cherché, s'est révélé, a trébuché et s'est retrouvé.
En janvier 1981, le bagarreur de la Butte Montmartre s'engage dans la Légion, cette troupe de choc refuge des "mal partis". Vite coopté par le 2e REP, il y rejoint le saint des saints : l'unité des chuteurs opérationnels, ces commandos largués à très haute altitude pour s'enfoncer au plus profond des lignes ennemies. Mais une erreur de jeunesse le renvoie dans un univers où ses supérieurs peinent à lui en remontrer.
Le soldat d'élite remise son treillis en 1988 et gamberge dans des petits boulots, avant de renouer avec ses vieux démons. Avec un ami d'enfance, Bruno Lévèque, ancien parachutiste lui aussi, il devient roadie. Le laisser-aller et l'insécurité qui règnent dans ce milieu les incitent à voler de leurs propres ailes : "Le plus difficile sur un chantier était de savoir qui faisait quoi et pour qui. Pour nous repérer et nous identifier, nous avons décidé, dès le début, d'habiller nos gars de T-shirts noirs, tout comme à l'armée, au rapport du matin, chaque compagnie se reconnaissait à sa couleur."
Une idée simple qui, ajoutée à la tenue rigoureuse d'un fichier de vacataires, aide à se différencier dans un secteur qui, à l'époque, se professionnalise. Le légionnaire découvre vite plus d'un point ommun entre les deux mondes : "Les techniciens du spectacle sont souvent en rupture de ban, tout comme la Légion accueille plus d'un antimilitariste. Chacun demande à être encadré et canalisé."Mais une discipline sans faille n'est rien sans considération.

Devenus régisseurs, d'anciens salariés recommandent Crossroads pour des projets en France et dans le monde. De fil en aguille, la société grossit et forge sa réputation avant et après le cap de l'an 2000. Pour Minh, ce dernier marque une transition plus personnelle. En 2003, l'entrepreneur prend sous l'aile d'Agent double une couvée de jeunes photographes, vite sollicités par Vogue, Elle et autres magazines au papier glacé.
Cette année-là, le métis découvre le Vietnam en cornaquant une délégation du Medef. Le coup de foudre est immédiat. Le Viet Khieu (émigré avec droit d'investir sur place) se démène pour jeter des ponts entre ses deux cultures. Et associer Crossroads aux célébrations du IIIe millénaire d'Hanoï, l'an prochain.
site internet de la société : CROSSROADS
site internet de la société : AGENT DOUBLE
Source : MONEY WEEK - Vincent Bussière





