« SAVOIR QUI ON EST » POUR « SAVOIR QUOI FAIRE »
Thierry Lefebvre dans votre accompagnement vous insistez beaucoup sur « apprendre à mieux se connaître soi-même », pourquoi est-ce si essentiel pour un implic’acteur ?
Se connaître est la base première pour développer sa personnalité, pour réduire son stress, pour donner envie de continuer l’aventure (= l’existence) et de gagner. De ce fait, on comprend aisément combien lors d’une reconversion cette connaissance de soi importe. Croire en soi, c’est croître. Et croître prime énormément quand on se lance dans une vie nouvelle. Au contact des implic’acteurs, j’ai pu vérifier que se trouver, c’est trouver du travail, sous-entendu, chercher ce qu’on est vraiment, c’est chercher à valoir plus et valoir plus fait forcément la différence dans la recherche d’un poste. C’est se mettre à la poignée de l’éventail des offres d’emploi. Car enfin, d’où l’implic’acteur partirait-il en reconversion s’il ne partait pas d’abord de lui-même ?

Mais un implic’acteur engagé dans sa reconversion, pour ne pas dire englué, a-t-il le temps et le souci de lui-même ?
S’il y a bien un moment où prendre le temps de se connaître est fondamental, c’est lors du changement de cap professionnel. Se repositionner, c’est idéal pour faire un point de situation sur soi-même et son environnement (personnel, familial, professionnel). Après tout, se découvrir n’est jamais superflu, à plus forte raison quand se profile une nouvelle voie à laquelle il faudra inévitablement s’adapter. Autant y faire face en pleine possession de tous ses atouts. Et régénéré au maximum, tel un être nouveau. Oui, se connaître soi-même, c’est se sentir plus fort parce qu’on connaît ce dont est capable et ce qu’on ne peut accomplir ; on n’en est que plus heureux puisqu’on n’a plus de raison de s’en cacher soi-même.
Seulement tout le monde se connaît ?
Etes-vous sérieuse ? Quelle prétention ! Comment expliquer alors que lors des séminaires orientés vers les relations humaines et le management ce qui intéresse le plus les participants, c’est encore et toujours eux-mêmes ? Pourquoi sont-ce les tests de personnalités qui remportent toujours et encore un franc succès ? Voyez l’étendue des rayons de développement personnel dans les librairies. Non, le « connais-toi toi-même » de Socrate a encore de beaux jours devant lui. Parce que se pencher sur soi est un puits sans fond ; que c’est plaisant. Une vie n’y suffit.
Quelles sont les raisons qui poussent vos implic’acteurs à venir à vous « se connaître » ?
A chacun la sienne. Et toutes sont respectables. Mais pour la majeure partie d’entre eux, ils savent que celui qu’ils ont été sous les armes ne sera pas le même dans la vie civile. Ils ont effectivement l’intime conviction que le militaire qu’ils ont été ne peut perdurer. Ils ont ancrée au plus profond d’eux-mêmes une impression floue que l’ignorance de ce qui les attend rend plus opaque encore. Mais ils la savent fondée. Ils savent qu’ils doivent changer au risque d’être inadaptés. Ils ont conscience que l’uniforme doit être raccroché. Mais ils ignorent quelle tenue adopter. Il faut les habiller au sens figuré comme au sens propre parfois.
Que disent en général les implic’acteurs ?
"J’ai beau avoir une solide formation de base, je me suis forgé un mental d’acier, j’ai de la méthode et sais m’organiser, mais je sens que cela ne suffit pas. Je m’efforce d’améliorer mon image de marque pour paraître moins « militaro-militaire », mais j’ai l’impression que je m’y prends mal. Toutes les actions correctives produisent des effets inverses de ceux que je souhaite. Il m’arrive de ne plus me comprendre. J’ai peur de ne pas être prêt pour la vie civile. J’ai besoin d’un regard extérieur qui me « retouche » par petites touches, bien sûr..."
Que mettez-vous derrière cette fameuse expression « mieux se connaître soi-même » ?
Se connaître c’est poursuivre cette exploration de soi à laquelle la vie ne serait mettre un terme. C’est augmenter sa prise de conscience de soi, des autres, de tout ce qui nous entoure. C’est être présent au monde. C’est identifier ses blocages relationnels et nos évitements du contact. Et c’est enfin connaître ses limites sur le plan physiologique, psychique et émotionnel ; ceci est un point fondamental qu’il convient de ne pas négliger lors d’un parcours de reconversion. On est si vite fatigué durant cette période de questionnement qu’il faut se garder en bonne santé.
Vous évoquiez le « connais-toi toi-même » inscrit sur le fronton du temple de Delphes, mais il y a aussi le « je pense donc je suis » ?
Descartes apporte l’avantage de décliner la connaissance de soi avec méthode. Chacun peut aisément, estime-t-il, dire « je suis ceci, je ne suis point cela, ou je ne sais pas trop ». Mais loin de faire de la philosophie, mon rôle d’implic’actif consiste surtout de permettre à l’implic’acteur de remettre en question « ce qu’il croit qu’il est » afin de se laisser surprendre par le jaillissement d’aspects méconnus, voire inconnus de lui-même. Et la boucle est bouclée, « toute connaissance ne commence-t-elle par le doute » écrivait le bon René D…
Est-ce que cette connaissance de soi conduit à « devenir enfin ce que l’on est » ?
J’entends qu’on reste sur la crête des penseurs. C’est tant mieux, l’air est plus frais. Mais pour retomber à ce qui nous occupe, retenons que quitter la Défense, c’est se donner l’opportunité de devenir acteur de son destin. C’est pourquoi, je le répète, modeler son devenir professionnel doit être perçu comme une chance de prendre sa vie en main. De la prendre… enfin ou non ? En tout cas, c’est le moment de se donner les moyens de réussir son second parcours de vie. Et bien sûr, l’Implic’actif est là « en soutien » comme on dit à l’armée pour aider… pour ne pas se louper.
Mais n’y a-t-il pas un écueil à vouloir trop se connaître soi-même ?
Vous savez le premier obstacle, c’est nous-mêmes. Combien d’implic’acteurs mettent des propres freins à leur connaissance d’eux-mêmes ? Combien reculent devant l’idée d’avoir une autre approche d’eux-mêmes estimant que leur expérience au ministère leur a tout appris sur eux. Et que dire de l’âge… De telles attitudes sont regrettables. Elles font passer à côté de soi. C’est même plus que dommageable quand on réalise que trouver un travail dans le privé repose moins sur ce que l’implic’acteur a été que sur ce qu’il peut être. Plutôt que de se fermer, il faut donc s’ouvrir à soi. L’accompagnement avec un implic’acteur sert justement à mettre à la lumière les richesses de sa personnalité non révélées. Je comprends que descendre en soi peut faire peur, mais diable, nous avons appris à trembler et à avancer quand même ! Partir à l’assaut de soi, c’est gagner la guerre du retour à la vie civile. Go ! Il y a une vie après l’armée, vivons-là à fond.
Thierry LEFEBVRE est un implicactif de la première heure, cofondateur de l'association. Il réside à Montpellier et intervient dans le "grand Sud".
Il est joignable sur : languedocroussillon @ implicaction.fr
Question par Chantal Richy






