Un Implic'actif parle de l'accompagnement d'un Implic'acteur

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UN IMPLIC’ACTIF PARLE DE L’ACCOMPAGNEMENT

D’UN IMPLIC’ACTEUR

Thierry Lefebvre, comment concevez-vous la reconversion ?

La reconversion est tout sauf facile, mais ce qui la « sauve » c’est qu’elle est action.  C'est un mouvement. La personne qui la vit doit donc la vivre comme un passage non comme un état, comme une dynamique non comme quelque chose de statique. Ca veut dire que toute reconversion est éprouvante au même titre que lorsqu’on sort d’un univers connu et qu’on plonge dans l’inconnu, mais que ce côté pénible ne dure pas, il n’est que passager. Ou plutôt, attention : il ne doit être que temporaire ! La reconversion est faite de dédales, mais ce labyrinthe à une issue, c’est un emploi dans le civil. Implic’action est un des fils d’Ariane qui y conduit.

Pouvez-vous précisez davantage comment le personnel de la Défense vit ce changement de cap professionnel ?

Imaginez une personne qui travaille dans un monde clos, préservé, quelque peu étanche aux pressions extérieures, imaginez cette personne qui a trouvé au fil du temps ses marques, progressivement elle s’est habituée à ce qu’elle fait et en est heureuse, en retour les autres lui sont reconnaissants. En un mot, elle y est bien, elle en est fière ; certes, il y a parfois des déceptions, mais elle n’ignore pas que l’herbe ne serait être plus verte ailleurs.

Or un jour, parce qu’elle l’a décidé ou qu’elle arrive au terme de son contrat, elle doit le quitter. Alors, elle entre dans un couloir où elle ne peut plus revenir en arrière, ni arrêter ses pas. Au fond, devant, il n’y a qu’une porte, c’est la sortie, ce débouché tant redouté qui s’ouvre, fatalement, après un lugubre décompte de jours, avec un claquement sec. Et voilà la personne dehors, comme éjectée, en une fraction de seconde tandis que la porte se referme définitivement dans son dos. Vous comprenez qu’une telle perspective, qu’une telle expectative fasse peur. C'est une échéance que tous connaîtront.


Cet extérieur est-il si horrible à appréhender ?

Le monde civil est dur et ne pardonne pas pour la plupart des ressortissants de la Défense qui sortent des armées. C’est un fait général. La grande majorité de ces gens-là ont été excellents dans leur domaines d’action (techniques, tactiques, administratifs). Leurs appréciations hiérarchiques en témoignent. Ils ont maitrisé leurs outils, leurs moyens, leurs méthodes. Ils appartenaient à un corps professionnel estimé par la nation française et respecté dans le monde entier. Parmi eux, se mêlent des combattants qui sont intervenus courageusement sur des théâtres d’opérations extérieurs.

Or, invariablement, une fois à l’extérieur du ministère, tous deviennent vulnérables. Eux les gens d’armes sont démunis. Ces « commandos » n’ont plus de repères, le privé leur apparaît comme une vaste zone d’embuscade où ils n’ont aucun endroit pour s’abriter. Ils se trouvent dans la situation de devoir livrer une bataille pour laquelle ils n’ont pas été entrainés. Ils ont peur et ont des raisons d’avoir peur. Angoissés, fragilisés, ils le vivent très mal.

N’avez-vous pas le sentiment de brosser un tableau par trop noir de la vie hors du quartier ?

Tous ceux qui ont vécu ce moment où la barrière du quartier militaire  (ou de la base ou de l'arsenal...) s’abaisse tel un couperet, vous confirmeront qu’à ce moment fatidique ils ont ressenti une montée d’adrénaline. La gorge se serre Le cœur s’accélère. C’est le moment où on réalise que plus rien ne sera comme avant. Qu’une page est tournée. Qu’il va falloir aller de l’avant. L’écueil c’est que souvent on veut bien réagir, après tout on a été « drillé » à riposter, seulement cette fois les reflexes ne répondent plus. Où aller ? Et pour quoi faire ? Il n’y a rien devant soi qu’une grande route encombrée de chicanes qui se perd dans un glacis obscur et sur lequel tombe un crachin.


Sincèrement n’êtes-vous pas pessimiste ?

Si bien sûr. Et cependant, parfois la sortie de l’enceinte ressemble à cette désolation. Néanmoins, il va de soi que non, il ne pleut pas à chaque fois. Non, la route ne mène pas obligatoirement nulle part. En fait, tout dépend du comment on s’est préparé à sortir. Est-ce qu’on a pris assez d’élan, autrement dit est-ce qu’on a réfléchi suffisamment pour bien évaluer le bond en avant ? Est-ce qu’on a eu la chance d’identifier un point de chute ? Le terme est approprié : un point de « chute ». Mais avant que d’atterrir, quitter les armées, c’est comme passer par la portière, il est préférable d’avoir un « pépin », Implic’action est ce parachute.

Certains de vos camarades ont-ils su anticiper leur départ ?

Bien naturellement, et ce dans toutes les catégories de personnel, militaires du rang sous-officiers comme officiers. Nous le leur conseillons quand nous intervenons en amont dans les unités militaires. Ceux qui anticipent leur départ réussissent au plus vite leur retour à la vie civile. On en connaît qui, à peine les rangers dehors, -rangers non plus vraiment, disons les mocassins-, qu’ils chaussent déjà d’autres bottes et s’en vont bosser ailleurs avec une énergie renouvelée, parés pour leur nouveau environnement, comme si de rien était. Une nouvelle vie commence pour eux où ils sauront de nouveau donner le meilleur d’eux-mêmes.

Et pour les autres, il n’y a plus d’espoir ?

Les autres restent là, hébétés, les bras ballants se demandant ce qu’ils ont fait pour mériter cet abandon. Qu’on les rassure ! Ils n’ont rien fait que de n’avoir justement rien fait.

Aussi que pouvez-vous pour eux ?

Il serait prétentieux d’affirmer tout, mais au moins « beaucoup ».

Que veut signifier ce "beaucoup" ?

Je vais donner deux exemples. Le premier des avantages qu’Implic’action leur apporte, c’est de mettre à leur disposition un espace de rencontre avec d’autres ex-de la défense qui ont vécu la reconversion ou qui sont en train de la vivre. Dans ce lieu (virtuel grâce au site informatique, mais aussi physique et concret partout où un implic’actif est en mesure de créer un centre de rencontre), à loisir, ils peuvent échanger entre eux, ils peuvent être conseillés. Ils s’expriment à l’envi. Ils sont écoutés. Ils sont entendus. Librement. Sans crainte d’être jugés ou moqués. De fait, quand on a le sentiment d’être seul parce qu’on a laissé derrière soi des camarades de toute une vie, on apprécie de retrouver un endroit chaleureux qui rappelle la chambrée ou le mess ou la guitoune… Implic’action recrée du relationnel vert-armé.

Implic’action créateur de lien humain… Et le second exemple de ce qu’apporte Implic’action, qu’est-ce ?

Après redonner de la cohésion, le deuxième apport d’Implic’action est d’une importance encore plus grande : c’est donner du sens. Il passe par l’accompagnement que nous les implic’actifs proposons aux implic’actieurs. Un implic’actif est un ancien de la Défense qui s’étant reconverti aide un implic’acteur, celui qui a besoin d’aide pour se reconvertir. (Moyen mnémotechnique : implic'acteur = celui qui est acteur de sa propre reconversion ; implic'actif = celui qui est déjà actif dans le civil)


Comment se passe cette aide de l’implic’actif envers l’implic’acteur ?

Je ne peux parler que de ce que je pratique moi. Mes amis cofondateurs le font également mais chacun le fait à sa manière selon sa personnalité et en fonction de son vécu. Retenons que les fondamentaux sont cependant semblables.

En ce qui me concerne, je fais un accompagnement individuel et personnalisé. Comme l’implic’acteur vient à moi en vue d’obtenir un emploi dans les meilleurs délais, ma mission est de redessiner avec lui son itinéraire professionnel et surtout de le prolonger.

Concrètement comment intervenez vous-même en tant qu’implic’actif ?

Tout mon accompagnement est destiné à lui faire prendre conscience des obstacles à l’évolution de son projet, à la croissance et ainsi trouver des pistes et solutions nouvelles et créatives afin d’optimiser l’implic’acteur avec ses propres attentes et celles du milieu professionnel envisagé.

Quelles sont les étapes de cet accompagnement ?

Mon premier objectif est de mesurer chez mon implic’acteur où il en est de son estime de lui-même, et ce dans une stricte confidentialité. J’ai besoin de savoir où est son curseur de confiance si déterminant pour développer (ou rebooster) sa personnalité et réduire son niveau d’anxiété. Il s’agit de lui (re)donner envie de tenter l’aventure et de gagner véritablement. Le but c’est de le positionner devant un « miroir intelligent » pour qu’il repère ce qu’il est et non pas ce qu’il pense être ou ce que les autres lui disent qu’il est. Cette confrontation de l’émergence de ces désirs avec la réalité du terrain, parfois sévère et désespérante, se doit d’être progressive et soutenue par la disponibilité de l’implic’actif, sinon l’implic’acteur se décourage et lâche.

Une fois mis en lumière ses ressources propres dans leurs dimensions physiques, affectives, intellectuelles, sociales, une fois qu’il est sécurisé intérieurement, nous pouvons clarifier ensemble ses savoir faire. Que sait-il faire ? Que veut-il faire ? Que peut-il faire ? Comment arriver à le faire ? Cette fois, on aborde le « ce qu’il vaut » par rapport à son projet pro pour le profiler afin qu’il soit réaliste et réalisable.

Est-ce que l’implic’acteur doit axer sa recherche de travail sur ce qu’il sait faire ?

Non. Ce ne peut être systématique. Nous savons que les militaires présentent parfois des savoir faire nullement transférables dans le civil. C’est la raison pour laquelle mon accompagnement vise à révéler les potentialités professionnelles de chacun. Ce qui compte c’est moins ce qu’il sait faire que ce qu’il peut être amené à faire désormais. Pour dégager les capacités réelles souvent insoupçonnées, je lui fais passer des bilans de potentialités qui sont ensuite analysés par un psychologue du travail.

Ce diagnostic d'employabilité est conduit dans le respect des valeurs de l’implic’acteur, mais tient compte également de la réalité du marché de l’emploi. Il convient d’être lucide sur ce qu’il est par rapport à ce qu’il peut devenir. Ainsi, après le temps où l’implic’actif a accueilli le reflet des craintes et des angoisses de l’implic’acteur, après lui avoir laissé le temps de pouvoir donner libre cours à son imagination, à ses aspirations les plus profondes, est venu le temps du plan d’action. Sinon l’idée de ce qu’il veut faire sans réalisation concrète et étalée dans le temps resterait caduque et vite obsolète.

Avant de poursuivre sur votre accompagnement, une idée me traverse l’esprit : qu’est-ce qui vous rend si « hardi » d’être un implic’actif accompagnateur ? Quelle légitimité avez-vous ?

C’est la question. La réponse tient en une phrase : nul ne peut faire du bien à autrui s’il est mal avec lui-même. Cela signifie que j’ai accompli un long travail de réflexion sur moi-même pour aujourd’hui être un expert en relation, capable de faire évoluer cette relation avec et pour l’implic’acteur, de la rendre fluide et performante. Pour cela, mon principal outil demeure moi-même, avant tout. Mon développement personnel et la connaissance introspective de mon « moi », de mes atouts aussi bien que de mes faiblesses sont opérants parce que j’en ai justement conscience. Mon équilibre de vie et la clarté de mes valeurs ajoutent de la sérénité à mon aptitude professionnelle. De surcroît, mon parcours universitaire et mon poste de directeur de centre de formation professionnelle continue pour les entreprises, la santé et le particulier m’ont bonifié.

Les ressources humaines ont toujours été ma passion. Aujourd’hui, je me sens à l’aise avec autrui parce qu’en paix avec moi-même. Au-delà, le fait que nous soyons des ex-personnels de la Défense reconvertis et en poste dans le civil crédibilisent notre action : nous savons de quoi nous parlons, nous connaissons l’envers des deux décors et nous parlons le même langage, alors forcement nous avons des choses à dire que l’implic’acteur comprend. Nous sommes lui et nous issus du même creuset. Nous sommes passés par la même matrice. Il y a juste que nous, nous en sommes sortis les premiers pour une fois dehors lui tendre la main.

Revenons sur l’aide apportée à l’implic’acteur, quelles sont les qualités humaines et les compétences professionnelles que doit posséder l’implic’actif ?

Les qualités et les compétences sont nombreuses et évolutives qui toutes concourent à travailler sur l’écart entre la situation présente et l’objectif ciblé. Il doit par exemple pousser à la réflexion, mais laisser l’implic’acteur responsable de ces décisions. Il ne donne pas de conseils standardisés. Il aide à penser autrement pour agir autrement. Il se tient dans l’ombre de l’ombre de l’implic’acteur, n’étant pas dans le pouvoir mais dans l’influence (dans la juste acception du terme). Il a le sens pédagogique et celui de la stratégie. Il sait accueillir l’implic’acteur dans ce qu’il est et dans ce qu’il vit (tant ses frustrations que ses utopies). Il sait être tout à la fois centré sur l’autre et détaché de lui, dans une empathie constante qui les préservent tous les deux dans une juste distance relationnelle. Il doit enfin garder la perspective d’ensemble mais savoir remettre l’autre dans l’axe.


Combien de temps dure l’accompagnement ?

L’implic’actif intervient que lorsqu’il y a des difficultés dans la reconversion. Il le fait toujours à la demande de l’implic’acteur. Parce que ce dernier ne sait pas que faire. Parce qu’il ne sait pas quoi faire. Parce que quand il le sait, il ne sait pas comment le faire. Dès lors, l’implic’actif est toujours placé devant le nœud d’un problème dont la complexité est variable. La durée d’intervention tient par conséquent compte de cette complication. Parfois, un accompagnement ne dure que quelques heures. Parfois, il faut de nombreuses heures étalées sur plusieurs mois.

Ce qu’il faut savoir d’emblée, c’est que le cheminement qui attend l’implic’acteur exigera de la patience et des étapes ; rien en l’occurrence ne peut se faire de manière linéaire et précipitée. Le rythme aura des poussées rapides, mais aussi des paliers, et même des retours en arrière. C’est normal, c’est le mode de fonctionnement logique de ce type de développement. Il se fait pas à pas, sans brusquerie ni hâte, au rythme de l’implic’acteur. Avec sérénité et résolution. Mais il est gagnant. Il met en cible.

Est-ce qu’il y a des étapes dans l’accompagnement où l’implic’acteur échappe à l’implic’actif ?

Il faut voir simple : un implic’acteur a trois possibilités. Soit il sait ce qu’il veut faire et il peut le faire, alors il peut se dispenser d’accompagnement. Soit il a un projet mais il ignore comment faire, alors il rencontre un implic’actif (celui-là même qui peut devenir son référent pendant toute la durée de l’accompagnement) et avec ce dernier il élabore une stratégie pour ajuster son projet au monde extérieur. A ce carrefour, soit il part faire des études, de type universitaires (MBA ou autres) ou de type formation professionnelle, soit il entreprend de suivre des formations à la carte qu’Implic’action propose et par conséquent à l’issue dans les deux cas, il revient pour être accompagné jusqu’à l’emploi. Soit dernière possibilité, l’implic’acteur n’a aucun projet fiable et viable, alors il rencontre un implic’actif qui va l’aider à mettre en œuvre de A à Z une stratégie de repositionnement professionnel.


A quel moment de l’accompagnement entre en jeu le réseau ?

Le réseau est là en permanence, toujours en parallèle de l’accompagnement. Il n’a pas besoin d’être vu pour exister. C’est l’implic’actif qui le détient. Il fait agir  cette dynamique dès qu’il pressent que l’implic’acteur est en voie de finaliser son parcours de reconversion. Ce peut être sous la forme de rencontres avec des chefs d’entreprises pour parfaire la définition de son projet. Ce peut être au terme de son plan d’action pour entrer en contact avec son éventuel recruteur.

Mais ce ne sera jamais le cas si l’implic’acteur n’est pas devenu acteur de sa propre reconversion, s’il n’est pas devenu son meilleur agent commercial pour se promouvoir. Ce serait alors peine perdue et discréditerait l’implic’actif auprès de ses propres contacts. En effet, l’implic’actif n’est pas là pour placer des implic’acteurs. Pas plus qu’Implic’action n’est une bourse à l’emploi.


Vous avez parlé d’un "implic’actif référent", qu’est-il exactement ?

L’implic’actif référent c’est l’implic’actif que l’implic’acteur va se choisir pour le suivre durant tout le temps de son accompagnement. Il devient son tuteur, son confident, son coach, la « perche tendue » pour explorer le monde extérieur. Il est celui qui le jette à l’eau mais qui lui apprend à nager. Il est celui qui le soutient ou qui le bouscule selon les besoins. Ils se tiennent l’un et l’autre informés de ce qu’ils font pour remplir la mission : se préparer à la vie civile. L’un avec l’autre vivent une relation forte d’estime réciproque et d’intense réalisation d’un challenge : recouvrer au plus vite et au mieux un emploi.

In fine, la responsabilité de l’implic’actif référent est de taille : il contribue à l’aider à mieux se connaître, à repérer ses forces et ses faiblesses et à s’orienter en confiance vers la voie qui est véritablement la sienne. En fait, on l’a compris, l’implic’actif référent, c’est le camarade qui va préparer l’autre à retrouver son autonomie personnelle et professionnelle. Il s’agit bien là d’un accompagnement de croissance centré sur l’être qui lui donne l’occasion de découvrir le sens de sa nouvelle vie.

Nous sommes loin de vos sombres commentaires du début… tout est bien qui finit bien ?

Oui, et c’est normal. Toute reconversion bien accompagnée se termine toujours bien. Pour autant, il ne faut pas se leurrer. L’expérience a prouvé qu’elle ne commence guère sans difficultés et ne se poursuit pas sans douleurs. Mais en un sens, cela n’est pas grave et c’est plutôt formateur ; j’aime beaucoup cette citation de Nietzsche qui écrivait : « Il faut avoir du chaos interne pour accoucher d’une étoile qui danse. »


Thierry LEFEBVRE est un implic'actif confondateur d'Implic'action. Il intervient et se déplace dans tout le "grand Sud". Il est joignable sur :

languedocroussillon @ implicaction.fr

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