Dans une précédente interview, Thierry Lefebvre, vous parliez de la nécessité de se préparer à l’entretien de recrutement, pouvez-nous en dire davantage ?
Volontiers, d’ailleurs c’est moins le recruteur qui vous en parle que le communicant. En effet, passer un entretien de recrutement c’est passer un Grand Oral . Je m’étonne que trop de candidat négligent de s’entrainer. On dirait qu’ils viennent avec l’idée que « ça passe ou ça casse ». A tout le moins, ils se persuadent qu’ils se fréquentent « eux-mêmes avec eux-mêmes » depuis si longtemps qu’ils ont appris à se connaître. Erreur ! Cette attitude si elle est irresponsable, cela ne regarde qu’eux, mais qu’ils sachent néanmoins qu’un professionnel la détecte instantanément et qu’à ses yeux c’est rédhibitoire.
Quelles sont les techniques qui permettent de gérer l’angoisse qui s’emparent du candidat ?
Nous l’avons vu, il n’est personne qui n’ait le stress ; ceux qui prétendent n’avoir pas le trac, sont mauvais orateurs ou bons menteurs. Il faut de la tension pour accrocher l’attention. Souvenons-nous de cette répartie de l’immense comédienne Sarah Bernhardt qui à une jeune actrice de théâtre qui lui confiait n’avoir jamais peur avant le lever du rideau, répondit, « C ’est normal, le trac vient avec le talent ». Ayez du talent et vous aurez le trac !
Il s’agit du bon et du mauvais stress…
Oui, d’un côté, il faut de ce stress positif pour avoir le courage de monter sur scène. De surcroît, il donne l’énergie de jouer son rôle à merveille. De l’autre, il y a le courage négatif qui engendre sueurs froides et paralyse. De cette dualité du stress, d’excellents ouvrages en traitent superbement. Je veux seulement aujourd’hui donner quelques ficelles pour dénouer les nœuds dans le corps… Précisément en m’inspirant des astuces de quelques grands acteurs.
Quel est ce premier conseil pour mieux combattre le mauvais stress ?
Le premier ne devrait pas même être cité tant il est évident : il faut répéter son discours. Ne serait qu’une fois. J’entends pas discours, ce que le candidat a envie dire sur lui pour se présenter. Je ne comprends pas l’embarras du candidat lorsqu’un recruteur lui offre l’avantage de s’exprimer par un « Pouvez-vous vous présenter ». On dirait qu’il est en surpris, il bafouille un « Qui moi ? »… et le voilà à descendre dans les méandres de sa personnalité pour ramener à la surface avec peine des brides de parcours personnel scandés par des « euh » d’hébétement.
Mais on ne peut tout apprendre par cœur et apprendre par cœur n’est pas savoir ?
Alors là , je m’inscris en faux avec ce principe. Je prétends au contraire qu’avec de l’entrainement, et c’est bien de mémorisation dont on parle, on peut se souvenir de tout. De plus, quoi de plus intéressant à se rappeler sinon sa propre existence ? Comment nul n’aurait-il pas à cœur de la bien citer ? C’est pourquoi je maintiens que le premier truc à faire c’est « s’apprendre » soi-même. Et c’est diablement plaisant. Bien sûr, si on craint que cette maitrise du discours nuise à la sincérité, alors qu’au moins on connaisse les trente premières secondes de son introduction, cela rassure d’emblée et vous met en pilotage automatique, et qu'on connaisse aussi les trente dernières secondes de sa conclusion, histoire de terminer sur une phrase choc qui frappe les esprits.
Après la non improvisation, que faut-il faire ?
Le deuxième conseil est quant à lui paradoxal. Je dirais, puisque vous avez à parler de vous-même, alors créez-vous un personnage. Endossez votre peau mais sous un jour nouveau. Voyez-vous avec un œil extérieur et ne vous épargnez aucune critique. Sortez de vous-même pour construire cet autre qui vous ressemblera comme un frère. Par cette « décorporisation », le terme fait peur mais l’acte est aisé, n’étant plus vraiment vous, vous aurez plus de facilité à être vous-même de belle façon.
Je crois que j’ai lâché prise…
Je dis simplement qu’en vous cachant derrière un rôle, vous vous abritez. Ce n’est pas antinomique avec le fait d’être soi. Je me répète en vous entrainant à vous inventer un personnage, vous aurez plus de facilité à être vous-même. Car ce personnage, c’est vous avec quelque chose de plus. Petit à petit, vous devenez ce personnage qui, alors, ne transpire pas, ne bafouille pas, sourit et est vainqueur. Il vous aide à passer la rampe et en sa compagnie vous serez plus « naturel » donc plus sincère, et par conséquent plus émouvant, c’est-à -dire convaincant.
Créer un personnage c’est donc se réinventer soi-même ?
Exactement ! Mais un vous-même en mieux débarrassé de toutes scories. Un autre vous-même au parler vrai qui fait mouche. Un autre vous-même davantage spontané qui n’hésite pas à se lancer. Un autre vous-même plus simple qui va droit au but et qui se révèle sous son meilleur jour. Pour en arriver là , il faut , vous l’avez compris, avoir travaillé à être vous-même sous toutes les coutures pour n’en garder que la plus valable des facettes. Car ce n’est pas tout de vous fréquenter à longueur d’années. Ce voisinage vous fait vous perdre de vue. Ce qu’il faut, c’est rompre avec l’habitude et la monotonie. Représentez-vous donc vous-même et devenez celui que vous voulez être réellement en entretien. Ceci est une attitude positive, positive comme la vision créatrice du même nom.
En conclusion, quelle est la démarche la plus salutaire pour se créer soi-même ?
Dans une perspective d’entretien de recrutement, ce qui seul compte c’est de réussir la passation de cet entretien. Or comme cet entretien a pour objectif de discerner vos points forts et vos axes de progrès, considérez que votre principal travail sur vous-même est de passer très honnêtement en revue et au crible vos qualités et vos défauts, de telle sorte de vous concentrer sur les premières afin de savoir-pouvoir les valoriser en face du recruteur. Mettez-vous en face à face avec vous-même , c'est un tel face à face qui vous attend avec le recruteur. Ce qui compte est que vous lui montriez que vous vous connaissez bien et que ce « bien » est justement vous, ce vous qu'il recherche.
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Thierry LEFEBVRE
Consultant en recrutement au Florian Mantione Institut
Thierry Lefebvre, vous êtes consultant RH, spécialiste du recrutement, quels sont les conseils que vous donneriez à des candidats de la défense en reconversion pour passer un entretien de recrutement ?
Nombreux sont les conseils pour passer un entretien professionnel en vue d’une embauche. Plus rares sont les recommandations qui font appel « au connu » pour un ex-militaire. Aussi,
pour parler de l‘entretien de recrutement, je paraphraserai Napoléon définissant la guerre : « Un art simple tout d’exécution »
. C’est en effet une conquête.
Toute propotion gardée,
il faut le concevoir telle une bataille à livrer. Au terme de laquelle il y a d’un côté un vainqueur (et encore ! le recruteur n’a rien à perdre, sinon son temps), de l’autre un vaincu ; alors, autant éviter de finir défait ! A force de chuter, on se relève plus mal et faible. Et à coup de blessures d’amour-propre, le jour vient rapidement où l’on manque de ressort. Certes, il n’y a jamais mort d’homme, en revanche il y est question de vie, de vie professionnelle, de la vôtre à défendre. Ca mérite sacrément de se lancer dans l’action avec « le paquetage qui va bien ». Cela dit, la guerre reste la guerre ; je ne veux ici que tendre un parallèle, que créer une image pour marquer les esprits.
"Passer un entretien d’embauche est combattre", de quoi s’agit-il ?
Véritablement ! Il s’agit de prendre le pouvoir sur autrui . Les mots peuvent être durs, mais ils ne doivent pas vous effrayer. N’étiez-vous pas faits pour gagner et imposer votre volonté. Souvenez-vous du terrain quand vous donniez des ordres, que vous répartissiez des missions, que vous exigiez des comportements, que vous obligiez à … monter à l’assaut. Or ces commandements deviendraient inefficaces et obsolètes hors la tactique militaire ? Non ! Vouloir être recruté requiert de savoir s’imposer. S’imposer non pas tant contre l’autre (recruteur n’est pas synonyme d’ennemi), mais s’imposer d’abord à soi-même comme homme de la situation . Prouvez vous d’abord à vous-même que vous valez le coup. Autrement dit, on ne part pas plus au combat qu'en entretien si on ne croit pas en soi. Cet engagement fait appel autant au physique qu’au psychique. Et le mental, vous connaissez.
Comment faut-il s’armer pour faire cette guerre à l’embauche ?
Pour cette mêlée, vous devez -seulement- ajuster votre savoir-faire de sergent, de capitaine ou de colonel afin de non plus tant motiver les troupes que d’inciter un « chef » à se rallier à vous. De contraindre, il faut maintenant convaincre . Nous allons découvrir ensemble comment captiver, j’allais écrire « capturer », un recruteur. En fait, pour réduire la résistance et emporter la position, il convient principalement de s’exprimer avec aisance et sincérité . J’entends l’expression comme un tout qui regroupe le verbal (qualité du propos et richesse du vocabulaire), le para-verbal (voix, ton, rythme…silence) et le non-verbal (gestes, expressivité, look…).
S’exprimer n’est jamais simple ? Ce stress fragilise à plus forte raison un « commando-apprenti-orateur »…
Si prendre la parole signifie prendre le pouvoir, c’est avant tout prendre conscience que ce n’est pas évident . S’il est aisé de discuter de tout et de rien avec ses amis, de défendre une idée à table, d’analyser l’actualité au café du commerce, il est plus difficile de faire un discours sur soi, d’expliquer son parcours, de commenter son cv. C’est paradoxal, mais c’est ainsi : on parle mieux de ce qu’on ne connaît pas qu’on ne parle bien de soi-même, ce « soi-même » qui est pourtant la seule chose qui nous intéresse. Face au recruteur, la bouche s’assèche, le cœur s’emballe, la voix tremble… Et alors ? Alors : rien ! Quasiment tout le monde connaît cette peur viscérale . Raison de plus, pour ne pas s’éterniser à épiloguer dessus, mais bien à la dominer. Ce n’est pas maintenant que vous allez pleurer sur votre sort. Il y a pire baroud. Et depuis le temps, vous savez serrer les dents.
Quels sont les munitions pour monter à l’assaut d’un entretien ?
En fait, il faut trois V pour faire le V de la victoire dans cette attaque au recrutement. Le premier V, c’est d’être Vrai . A l’armée, on vous a appris à ne pas faire semblant. Votre sincérité doit donc être manifeste. Continuez d’être authentique , de dire les choses avec naturel, sans emphase et en toute modestie. Humilité me paraît être le mot essentiel en toutes circonstances. Oui, sonnez juste et vous créerez de l’émotion. C’est souvent l’affect qui fait pencher la balance dans une décision. Ne soyez pas raide ! Etre droit dans ses rangers c’est se montrer rigoureux non rigide. Mais attention la spontanéité exige quand même quelques réserves… Evitez d’être « brut de décoffrage », la franchise a ses limites. Etre vrai, c’est être dégrossi non grossier, guerrier pas soudard.
Après la Vérité, qu’est le second V ?
Le deuxième V vise le Vivant.
Impliquez-vous totalement dans ce que vous dites.
C’est le moment où jamais où vous devez vous engager à fond… Passer un entretien, c’est ouvrir la porte d’une nouvelle vie, une porte « vitale » dans la pleine acception du terme. Raison de plus pour être enthousiaste et dynamique, le contraire d’amorphe et de mollasson.
Réveil ! Redressez-vous, vous allez devoir vous bagarrer, vous avez à devenir le héros de votre propre histoire
. Et c’est vous qui êtes l’envahisseur et personne ne vous fera de cadeau au sens où l’on vous accordera rarement une seconde chance. Aussi, prenez vite possession de la zone d’embuscade. Cette mêlée est votre affaire et la lutte sans merci ni prisonnier. Je vois trop de candidats qui arrivent fatigués et abattus. Une pichenette les met d’emblée à terre. Cet épuisement, je ne le comprends pas chez des « soldats ». Ne pas subir. Ne pas se laisser abattre, répétiez-vous à l’envi ! Alors, investissez-vous...
Vérité, Vivant et … V comme ?
Enfin le troisième V, c’est celui de Volontaire . Un terme qui doit vous plaire. En effet, à cette énergie, il faut que vous ajoutiez votre force de conviction. Si vous n’êtes pas vous-même convaincu de vous-même, qui le sera pour vous ? On ne se fie jamais qu’à ceux qui ont confiance en eux-mêmes. Alliez la détermination à votre persuasion, et vous serez irrésistible, forcément, indéfectiblement . Le recruteur recherche quelqu’un qui va de l’avant, quelqu’un qui a de l’audace, quelqu’un qui a (pu avoir) pour devise « Qui ose gagne ». Car enfin toute entreprise veut par nature et définition un « entreprenant » . Elle n’a que faire d’un craintif et timoré. A l’armée, vous étiez hardi, vaillant vous devez demeurer. Mais gare encore, soyez sur vos gardes, n’arrivez pas en terrain conquis. Ce terrain est miné de pièges et dispositifs qui vous sont souvent inconnus, ne l’oubliez jamais ! Vigilance toujours.
A vous entendre, donner l’assaut à la forteresse « entretien-emploi » parait élémentaire...
Mais c’est clair aussi dans les faits. C omprenez que tout candidat à une embauche doit chercher à être crédible. Plus il sera sûr de lui, meilleur sera son impact . Cette assurance exige deux attitudes. Deux attitudes, qui plus est, sont fondamentalement « mili ». La première condition, c’est de faire comme si vous n’aviez pas peur . Avouez que cette maitrise de soi est un apprentissage que vous avez dû forger sur les pistes commandos, en sautant en parachute, en intervenant lors d’OPEX… Combien de drills vous a-t-il fallu pour masquer l’appréhension et la gérer ? La seconde posture est de vous positionner comme un chef , le chef que vous avez été en exercice, sous les armes. Montrez très tôt au recruteur celui que vous étiez lorsque vous aviez des responsabilités, celui que vous étiez quand vous dirigiez les opérations. En un mot, en entretien d’embauche, cessez d’être un candidat, redevenez vous-même : un patron. Un « chef » qui donne envie d’avoir envie de le suivre. Après tout, on ne suit jamais que celui qui sait à escient se mettre en avant. Faites donc un pas dans cette direction…
Thierry LEFEBVRE
Consultant RH au Florian Mantione Institut
Ecole Militaire. Amphithéâtre Lacoste. Mercredi 7 avril 2010. 12 h 45, la rencontre réseau d’Implic’action spéciale « Paris » vient de se terminer. Mais des petits groupes poursuivent les discussions. Il n’est pas facile de se quitter quand l’avenir des uns passe par le présent des autres. Malgré la grève de la SNCF et du RER (20 absences excusées), une quarantaine de personnel de la Défense en activité ou en voie de quitter le Service s’est déplacée.
« CONSTRUIRE UN RESEAU INTERACTIF »
Dès 09H30, Jean-Michel Lebec, au nom du président, le général Paul Perrin, [mobilisé par sa propre ONG, Euro Coopération Ingénierie (ECI), regroupant des spécialistes des situations de post-crise et experts de l’Afrique, qui mène des projets de Démobilisation-Désarmement-Réintégration de l’ONU et de l’UE concernant des ex-enfants-soldats et enfants des rues], ouvre la réunion en précisant les objectifs de ce réseau social communautaire, après 6 mois d’existence. « Travailler concrètement à la reconversion avec réalisme, lucidité et sans faux semblant. » En militaire qu’il fut, il parle en termes clairs et rappelle que la MEDO structure leur montée en puissance. « Notre effet majeur est de constituer un authentique réseau social communautaire aux fins d’accéder au marché caché de l’emploi. » Pour y parvenir, les implic’actifs, comme se nomment ceux qui ont réussi leur retour à la vie civile par opposition aux implic’acteurs, ceux qui espèrent obtenir un emploi dans le privé, misent sur « des rencontres régionales fréquentes, à l’image de celle-ci ou encore de celles programmées en Pays de Loire ou à Montpellier… » Le but est de mener « des actions commandos de reconversion et graduellement d’occuper le terrain du recrutement. Humblement, en toute modestie, à notre niveau, mais sûrement. » Pour conforter cette détermination sereine, il mise également sur l’informatique grâce au site : www.implicaction.fr dont Eric Alfonsi, le webmaster, accroit constamment l’interactivité. Dans cette perspective de croiser les infos de manière plus intensive, il encourage tout le monde à communiquer davantage sur les blogs et autres espaces informatiques. Puis, Thierry Lefebvre, le responsable communication, prend la parole pour inviter, à tour de rôle, les intervenants à témoigner de leur propre cheminement « avec objectivité et subjectivité vraies » de telle sorte d’en tirer des leçons profitables à tous, « même si chaque cas est un cas d’espèce, il peut faire école . »
« LE RESEAU, CA SERT TOUJOURS »
Le premier à monter à la tribune est aussi un cofondateur, Richard Lazarowicz, qui, au pied levé, remplace Erick Bullier coincé en gare de Montpellier (et initiateur au titre de l’association d’un protocole de partenariat avec la CGPME de l’Hérault). D’emblée, l’ancien aviateur met l’accent sur le caractère « volontariste » de sa décision de quitter l’armée et « l’utilité des réseaux ». Faire appel aux réseaux, ça fonctionne, il en est « la preuve par l’exemple. » « Moi, je me suis servi de ma passion pour le sport (Richard Lazarowicz excelle en course d’orientation) et de mon passé dans les forces spéciales . » Il raconte comment, de fil en aiguille, un réserviste aux aéroports de Paris à qui il a tendu la perche pour l’introduire dans l’amicale des Forces Spéciales lui a ouvert en retour les portes de cette vaste entreprise aéroportuaire. « Toutefois, il y a un envers de médaille aux réseaux : ce sont les influences qui s’affrontent en interne . » Il explique comment, par exemple, « à Alsthom, intéressé par un poste en intelligence économique, un ex-gendarme lui a grillé la place parce que ses amis étaient davantage opérants. Raison de plus de rester groupés, l’union faisant la force. » Enfin, il stipule que rien n’est jamais acquis, pas plus un C.D.I. dont le « i » signifie « indéterminé » plutôt qu’ « indéfini » que le « parrainage. » Une fois « effectif le départ de la personne qui vous a recommandé, vous pouvez vous trouver sur un siège éjectable. » Qui croit qu’être positionné dans un organigramme, après avoir été coopté ou non, est assuré d’une place à vie ? Le seul moyen de durer, ici comme là , est d’y faire son trou et de le déblayer chaque matin, de l’agrandir au quotidien. Ca s’appelle « se montrer utile », on dit aussi « être productif », le rendement est ce « petit truc en plus » qui prend une importance économique vitale dans le privé.
« UN DEPART SE CONSTRUIT »
C’est au tour d’Etienne Ignatovitch d’exposer « son parcours du combattant ». Ancien  des troupes parachutistes, puis de la gendarmerie, il est depuis 2 ans directeur de la prévention des incivilités à la Poste. Pour obtenir ce poste de cadre dirigeant « c’est-à -dire ne pas laisser passer cette belle opportunité », il n’a pas hésité à « se mettre en congé sans solde ». Mais attention, pour autant en un cas pareil, il conseille « d’ être certain de son coup afin de ne pas lâcher la proie pour l’ombre . » L’essentiel en toutes choses étant de savoir ce qu’on veut. « Il faut surtout se préparer à partir. Pour ce faire, avoir un projet… quitte à en changer. » Alors, avec beaucoup de précision, une précision des détails qui n’exclue pas un réel sens de l’humour, cette ironie de ceux qui ont été jusqu’au bout du concret, Etienne Ignatovitch déroule toute une série de conseils pratiques. Il parle de ne « pas se mentir sur les motifs qui font sortir de l’institution et les buts qu’on recherche à l’extérieur ». Il évoque « la famille qu’il ne faut pas oublier en route et avec laquelle la décision se prend. » Il insiste sur la « nécessité de communiquer sur soi et l’impérieuse volonté de se vendre ». Il indique les directions à prendre en arrivant dans un nouvel emploi : « ne pas se référer constamment au passé, se servir de la M.R.T. pour mieux épouser son nouvel environnement, rester vigilant tout en se montrant curieux. » En final, Etienne Ignatovitch témoigne de son vécu au sein de l’enseigne postale. « J’ai les cartes en main, je les joue du mieux possible avec la liberté d’action que m’octroie mes chefs ; mais j’ai aussi compris qu’au sein de mon entreprise, je resterai un « intégré ». Ce cadre dynamique et pertinent termine sur l’exigence socratique de se « connaître soi-même ». Y a-t-il savoir plus essentiel, notamment quand on se lance dans une nouvelle vie ?
« NE JAMAIS SE DECOURAGER »
Un autre implic’actif de la première heure, Daniel Prak, se saisit du micro. Sa reconversion personnelle est emblématique de cette vérité qu’il faut oser regarder en face : « Après l’armée, on doit parfois repartir de zéro ». C’est avec une émotion contenue qu’il décrit « sa descente aux enfers ». A peine le képi posé, il accepte d’être responsable d’un camion benne pour une entreprise de nettoyage urbain dans la capitale. « Là , j’ai éprouvé durement ce que signifiait s’adapter à un nouveau milieu. Mon équipe était constituée de gens « venus d’ailleurs », je n’avais pas d’autre choix que d’avoir le même langage et de parler de la même chose qu’eux . » Aujourd’hui, il occupe le poste de chef de bureau des moyens généraux à l’Ecole Militaire, mais il n’oublie pas que, même là , « il convient de réapprendre à parler et à agir différemment. On ne s’adresse pas aux employés comme on s’adressait aux subordonnés . » « S’adapter sans subir » demeure le leitmotiv de cet homme valeureux qui, après avoir servi dans les mécanisés, puis dans le renseignement par l’imagerie, notamment spatiale, dut « accepter de redescendre sur terre afin de faire un détour par les ordures . » Des étoiles au bitume, tout le mérite de ce repositionnement lui revient.
« SE FORMER POUR ENTREPRENDRE »
C’est en qualité de sympathisant pour l’association que le général (2S) Marc Delaunay porte à la connaissance des implic’acteurs un projet de formation par lequel lui-même est passé. « Après avoir suivi un stage de création ou/et reprise d’entreprise, j’ai souhaité le promouvoir tant il est adapté à la conjoncture actuelle . » S’appuyant sur des slides très documentés, il fixe l’objectif d’AUDACE® Fonction Publique (comme son nom l’indique !) : « Faire passer le vivier méconnu d’entrepreneurs en puissance de l’intention à l’idée puis au projet grâce à un parcours de formation ciblé (10 semaines pour 3000 €) ». Compacte et originale, cette formation, qui se prolonge par un suivi post-formation, est déjà opérationnelle dans la région du Nord et en Picardie. Elle intéresse celles et ceux qui ont besoin d’être accompagnés dans leur envie d'entreprendre « sans avoir de projet défini ». Les parallèles se tendent avec Implic’action tant ces deux associations se composent d’entrepreneurs soucieux d’aider les autres. Reste pour l’une comme pour l’autre à trouver des financements possibles.
« ETRE ACTEUR DE SON RECRUTEMENT »
Fabrice Landois, qui rejoint l’estrade, a débuté sa carrière professionnelle en s’engageant 3 ans au 1 er RPIMa. A l’issue, il devient directeur de l’Agence Pour l’Emploi des Cadres de Brest. Désormais, responsable marketing des réseaux sociaux au siège de l’APEC, il est particulièrement qualifié pour démontrer, si besoin était encore, comment « intégrer les réseaux dans la gestion de carrière ». Le transparent initial convainc d’emblée qui atteste que 61% du recrutement des cadres se fait grâce aux réseaux, soit 10 points de plus que par candidatures spontanées. Il souligne ensuite les (r)évolutions qui ont fait évoluer les pratiques de recrutement. ...
Il était une fois un homme qui contemplait la société.
Il la savait dure, trouble, complexe, aussi ne ressentait-il plus aucune colère. Il avait dépassé amertume et rancoeur.
Plutôt que de critiquer, il cherchait une amélioration, même minime. Sa réflexion portait sur les ressources humaines.
Ce qu’il espérait en particulier, c’était aider les autres à changer de métier.
A force de concentration, il découvrit le moyen de reconvertir ses semblables. A force d’attention, il comprit comment faciliter les bifurcations professionnelles. Dans un monde en crise économique, épauler le retour à l’emploi était prioritaire.
Aussi se félicitait-il de le pouvoir, du moins à son niveau, ce qui n’était pas si mal.
Un jour, Arthur Leroy - c’était son nom - prit son bâton de pèlerin et alla de ministères en services révéler son invention. Elle était simple, mais il fallait y penser : « On ne réussit sa reconversion que si on est accompagné par des passeurs ». Il appelait « passeurs » des personnes qui, s’étant reconverties, tendaient la main aux suivants.
Comme il était joyeux de proposer sa trouvaille ! Fier et humble, confiant surtout, un peu naïf donc, il transmit son secret à de nombreuses communautés.
Cinq tribus tirèrent parti du projet ou plutôt quatre plus une. En effet, pour la dernière, plane un doute...
Tous les autres réagirent avec scepticisme, dédain ou désinvolture. Il y avait les jaloux qui ne le laissèrent pas conclure. Ils possédaient eux-mêmes la clef. Pourquoi ne la donnaient-ils ? Parce que d’autres s’en serviraient.
Proches d’eux, les cupides et les envieux enregistrèrent, sans l’assimiler, ce qu’il promouvait avec le dessein d’en user à des fins personnelles.
D’autres encore, les méfiants moqueurs le chassèrent sans en mesurer l’intérêt. Les incrédules n’en appréhendèrent que des bribes. Les indifférents l’écoutèrent une seconde.
Quant aux lâches, ils prirent peur et l’élimèrent.
Au fond d’un couloir, il disparut.
Les siècles s’écoulèrent comme des minutes.
La première des cinq tribus qui avait acquis l’art de reconvertir en avait réservé l’usage à des officiants. Ces prêtres célébraient le culte pour quelques fidèles, des vénérables plus cooptés entre eux qu’élus par une divine transcendance. Pendant ce temps là , les non initiés restaient à l’extérieur du lieu sacré. Ces justes-là priaient vraiment qui méritaient le ciel ; ce qui ne les débarrassait pas pour autant de leurs problèmes.
La deuxième troupe, ayant oublié comment il fallait procéder, choisit d’idolâtrer les documents sur lesquels figuraient les processus. Et pour que le prodige fût mystère, on les déclara non-décryptables. Les ramettes étaient glorifiées telles de précieuses reliques. On les encensait lors de processions, puis on les renfermait dans un tabernacle.
La troisième adorait une reproduction en miniature de l’Initiateur. La statuette ne lui ressemblait pas, l’important était qu’elle imposât du respect. Même caricatural, le prophète devait conserver de sa magie. Aussi, quand la tension populaire explosait, le bonhomme servait de bouc-émissaire. On lui plantait des aiguilles et on attendait... Parfois, à la pleine lune, on l’invoquait. Et le feu au petit matin s’éteignait ; je parle de celui du chaudron autour duquel on faisait la ronde.
La quatrième tribu gardait, pour les veillées d’hiver, la mémoire d’un homme qui avait allumé des étoiles dans l’esprit des ancêtres. Certains le tenaient pour une légende, les autres pour une fable. Confidence pour confidence, on n’en devisait que rarement.
Seuls les membres de la cinquième peuplade, où régnait une certaine allégresse, se reconvertissaient à l’envi. Suivaient-ils à la lettre ce qu’Arthur Leroy avait annoncé à l’humanité entière ou…
Après bien des années, un sage escorté d’une poignée de disciples décida d’inspecter les cinq territoires. Ils avaient entendu conter la diversité des rites, ils se rendirent sur place pour s’en informer.
En haut de la montagne dont le pic griffait les nuages, les voyageurs entrèrent en contact avec la première tribu. Ils furent accueillis avec les honneurs dus à leur rang. Les dignitaires offrirent une fête somptueuse. Du fait de cette solennité, on ouvrit les lourdes portes de corne et d’ivoire. Le bon peuple se pressa jusqu’à la ligne de l’autorité marquée au sol et gardée par des soldats. De là , les pauvres pouvaient apercevoir l’autel, mais non s’en approcher plus avant. La cérémonie de la reconversion émerveilla les grands et les petits tant elle fut parfaite de rigueur et de richesse. Le grand maître se tourna enfin vers le cénacle.
-« L’un d’entre vous désire-t-il prendre la parole ? »
Long moment de silence avant qu’un jeune disciple ne s’avança.
-« Seigneur, au nom de la vérité, accordez-moi l’autorisation de parler. »
-« Comment vous refuserais-je ma permission puisque vous osez vouloir vous exprimer au nom de la vérité ? » Autour de lui, les courtisans s’esclaffèrent.
Le disciple fit encore quelques pas en direction du cercle restreint qui se refermait.
-« Mes frères, l’heure est venue de démontrer que ce que vous faites n’a rien de miraculeux, ni ne doit vous être strictement destiné. Il faut désormais que cette manifestation secourt aussi l’assemblée là -bas… » Il ne put expliquer davantage. Tandis que son index désignait la foule essayant de saisir le peu de propos parvenu à ses oreilles, les prédicants emmenèrent celui qui ne serait jamais du sérail.
Jamais il ne reparut. Plus jamais, on ne rouvrit les portes du temple. C’est par une issue dérobée que le sage et les quatre disciples furent éconduits sans adieu, ni bénédiction.
Un soir d’après, les voyageurs parvinrent dans le domaine voisin, sur la colline, celui des adorateurs du dossier de la reconversion. En les observant aduler la méthode pour elle-même, et non chercher à la faire fonctionner à plein, le deuxième disciple s’engagea à faire entendre raison à ses hôtes.
-« Mes amis, je sollicite votre compréhension. Vous vénérez un dogme pour ce qu’il est et cette glorification quelque peu stérile vous suffit, or ne serait-il pas préférable d’en faire tourner les rouages afin d’obtenir des résultats plus appréciables. En effet, sur la quantité d’individus dont vous vous occupez, combien sortent gagnants ? Or, il est facile d’augmenter la courbe de la réussite. Ne retardez pas l’avènement. Avec succès, vous partageriez les bénéfices. »
Les adeptes de la confrérie du « Modus Operantis » étaient moins fanatiques que les précédents, mais pas moins intolérants. Le sectarisme est chose plus partagée qu’on ne pense et l’intransigeance voilée parfois aussi redoutable. Après conciliabule, l’un d’entre eux protesta :
-« Mon garçon, tu es le bienvenu, mais tu n’es pas des nôtres. Alors, nous te pardonnons parce que tu ignores nos coutumes. Mais dans le même temps, tu défies nos croyances et tu nies nos certitudes. C’est la raison pour laquelle nous te jugeons dans l’erreur et te prions d’abjurer, toi et les tiens. A défaut, va apprendre ton métier et laisse-nous professer en paix ! »
Sans demander pardon, ni renoncer, les voyageurs poursuivirent leur chemin. Ils descendirent le coteau.
Après le cénotaphe recouvert de verreries d’hier, c’est l’idole d’Arthur Leroy qu’ils virent trôner dans chaque maison.
Sur la place chauffée au soleil, un disciple s’adressa aux anciens de la troisième famille.
-« Ce démiurge symbolise un homme qui représente un savoir-faire. Or son aptitude à reconvertir peut être exercée par d’autres que vous, et ce au profit du plus grand nombre. »
-« Peut-être, répliquèrent les caudataires du Faiseur de Reconversion, mais il ne revient qu’à un petit nombre de posséder l’énigme suprême. »
-« Cependant, vous ne pouvez que constater qu’implorer Leroy, c’est s’en remettre au hasard. Tantôt la reconversion est satisfaisante. Tantôt elle ne débouche sur rien. Il y a trop d’aléas, trop d’injustice, trop d’incohérence. Vous pouvez toujours justifier que vous n’y êtes pour rien, que c’est la faute d’Arthur, mais aujourd’hui ces déficiences ne trompent quiconque… »
-« Non et non. Impossible. Agir autrement serait pure folie. C’est là une hérésie, proférée qui plus est pas un quidam ne s’exprimant en notre langue et sans aucune fonction sacerdotale. Généraliser la reconversion est une politique suicidaire ! De plus, nous n’obtiendrons jamais les finances pour nous occuper de tous. En avons-nous seulement la liberté ? Ceux du dessus nous obligent… »
-« Qui sont ceux du dessus ? »
-« Allez au diable, sortez ! » grommelèrent les dépositaires de l’Image arqueboutés sur leurs errements.
Le disciple dut s’arrêter là .
Un peu plus loin, dans la forêt, il abandonna, comme ses camarades, la figurine de pacotille offerte en cadeau de départ.
Plus tard, le groupe pénétra dans la cité où vivait la quatrième tribu. C’était au tour du dernier disciple de tenter de faire évoluer les mentalités. Il fit trois pas vers les passants, quelques uns s’apprêtèrent à l’écouter, la plupart vaquaient à leurs occupations. Ils avaient mieux à faire que de prêter l’oreille au bateleur. Dommage ! C’était eux les premiers concernés, mais ils étaient excusables : quand on a à s’occuper de son devenir, le temps est compté.
Il monta sur un tonneau pour haranguer les flâneurs.
-« L’histoire d’Arthur Leroy est authentique. Il faisait ce qu’il disait et disait ce qu’il faisait. Sur ses pas, nous sommes ici pour vous révéler comment réussir les reconversions », dit-il simplement.
Cette phrase fit l’effet d’un coup de pi...
Thierry LEFEBVRE : Deux motifs. Le premier est mon expérience de lecteur de C.V. En effet, depuis bientôt dix ans maintenant, je passe beaucoup de mon temps à prendre connaissance de C.V. pour les analyser et les retoucher ou aider aux recrutements. Le second motif est mon attrait pour la « pub ». Oui ! Je partage cette idée qu’un C.V. est avant tout un outil de marketing. J ’ai la conviction qu’un C.V. sert à « se vendre » au prix le plus élevé ; quoi de plus normal, n’est-on pas pour soi-même le produit le plus cher, mais il reste à en convaincre l’acheteur… Cette formulation ne dérange que celui qui se voile la face, car elle dit la vérité, « principe de réalité » oblige ! Se vendre signifie tout bonnement « dire ce qu’on vaut, taire ce qui pèche », puisque « nul n’est parfait » et que les choses les plus personnelles sont aussi les plus universelles. Finalement, nous sommes tous pareils, raison de plus pour que chaque C.V. soit unique, sous entendu au plus près de ce qui fait « malgré tout » la différence « gagnante ». Et croyez-moi, ce sont les petites différences qui font les grands écarts.
Q : Y a-t-il justement un C.V. gagnant ?
R : Votre question me rappelle celle concernant les tubes musicaux. Si c’était le cas, ça se saurait. Et tous nous ferions le même. Non, le C.V. gagnant c’est le C.V. qui marche, celui qui vous vend, vous et vous-même, à votre juste prix. En fait, j’appliquerai à la rédaction des C.V. ce qu’on dit des solutions de combat au C.I.D. : « Il y a le bon C.V., il y a le mauvais C.V. et puis il y a le C.V. qui fait recruter ». [Allusion à la formule humoristique : « Il y a la mauvaise solution, il y a la bonne solution et il y a la solution Ecole de Guerre. »]
Q : L’habitude est de sérier les C.V. en 3… Qu’en penser ?
R : Il y a le C.V. chronologique où les expériences vont de la plus ancienne à la plus récente ou rétro (ou anti), elles vont dans l’ordre inverse. Le C.V. thématique qui axe les compétences davantage sur ce que vous pouvez faire que ce que vous avez fait. Et le C.V. mixte qui est un compromis des deux précédents.
Q : Quelles sont les avantages et les inconvénients de chacun ?
R : Le C.V. chronologique est classique , il montre la progression professionnelle mais laisse apparaître les trous d’emploi ou pauses. En général il est le préféré des employeurs parce qu’il se lit vite, mais en retour ils éliminent plus rapidement encore. Or, votre intérêt n’est-il pas plutôt qu’on s’attarde sur votre C.V. ? Le C.V. thématique regroupe les compétences , il témoigne d’un esprit de synthèse et leur énumération agit comme un aimant sur les yeux des employeurs qui y repèrent plus directement la satisfaction directe de leurs besoins. Encore faut-il que les compétences en exergue soient celles recherchées.
Q : Qu’en est-il du C.V. mixte ? Garde-t-il les avantages et élimine-t-il les inconvénients des deux précédents ?
R : En un sens : oui. Il respecte la chronologie tout en mettant en valeur les compétences. Il apparaît souvent comme le plus attrayant. Mais il possède le défaut de sa qualité : un peu trop fantaisiste pour des lecteurs conservateurs et zappeurs. Néanmoins, il liste des ponts entre les activités et les compétences. Ce qui en fin de compte dégage l’essentiel.
Q : Alors, lequel choisir parmi ces 3 C.V. pour des anciens personnels de la défense en reconversion ?,
R : Il est toujours vain de répondre de manière unique ce qui donne l’impression d’une réponse définitive. En effet, le seul C.V. qui vaut est celui qui vaut pour celui pour lequel il vaut. Chacun étant unique, que vaudrait un C.V. qui conviendrait pour tous ? Il importe donc de l’ajuster à soi-même afin qu’il vous reflète le plus spécifiquement du monde, comme vous le méritez sans doute. En tout cas, votre propre C.V. doit tendre vers cette singularité. Il doit surtout dégager un sentiment de clarté et de justesse.
Q : Certes, chaque personne en reconversion est un cas à part, mais ne peut-on pas dégager des généralités en termes de C.V. ?
R : Une fois l’exception de chacun admise, disons qu’un C.V. chronologique conviendra à un jeune dont l’expérience du métier est naissante et pour lequel les derniers postes peuvent laisser une bonne impression. Le C.V. thématique semble mieux correspondre aux personnes aguerries dans des emplois successifs dont la litanie pourrait être lassante mais qui regroupés par compétences en accentuent les différents intérêts. Mais sans volonté encore une fois de globaliser, c’est ce second qui est envisageable pour ceux qui souhaitent réorienter leur carrière, je pense aux officiers, subalternes notamment ou encore aux sous-officiers. Les autres, ceux jeunes en grade se tourneront vers le premier ; les officiers supérieurs et généraux tireraient avantage à travailler le C.V. mixte.
Q : Quelles sont les différentes parties d’un C.V. ?
R : Les parties principales d’un C.V. sont dans l’ordre d’apparition : les coordonnées avec sobriété (nom et prénom sans « monsieur, madame ou mademoiselle… + adresse postale + numéro de téléphone et autres : email… page web perso.) accolées à une « belle » photographie d’identité sans fantaisie et récente (les C.V. anonymes « agacent »). Une accroche optionnelle (le « chapeau ») qui soit un objectif ou un résumé. L’objectif dit ce que vous visez. Le résumé dit ce que vous avez fait. L’objectif est plus direct mais « restrictif ». Il pointe une direction et s’y tient. Le résumé est récapitulatif par nature mais peu explicite par principe. Il ne ferme aucune porte mais n’en ouvre pas non plus. En tout état de cause, l’un comme l’autre ne valent que s’ils sont en adéquation avec le poste convoité, s’ils sont cohérents.
Q : Qu’en est-il de la formation ?
R : On entend par formation le suivi scolaire et le cursus universitaire. Pour celui-ci, ce sont les derniers diplômes obtenus qui sont cités en premier , ce qui exclue de citer les précédents au motif que « qui peut le plus peut le moins » ; sauf si le candidat est passé par une « grande école ». Pour celui-là , il faut en mettre « un maximum » : l’école, l’obtention du baccalauréat ou le niveau secondaire atteint ; ne pas hésiter à ajouter toutes les formations continues, voire les séminaires relatifs à votre travail et toutes autres circonstances d’acquisitions de compétences suivies.
Q : Et pour ce qui est de l’expérience ?
R : L’expérience est le cœur du C.V. Il justifie à lui seul l'existence du C.V. Il doit être le plus parlant, il ne doit pas pour autant être froidement descriptif, car il est ce qui va séduire. Il importe qu’il montre avec pertinence et « chaleur » la progression des emplois. Pour montrer cette « logique inexorable et valeureuse », il faut qu’il soit homogène dans son mode de description des expériences à la fois du point de vue de la mise en forme et du point de vue du contenu. L’employeur doit pouvoir aisément circuler dans les données (où et quand le candidat a-t-il travaillé, qu’a-t-il fait à ces postes, qu’y a-t-il apporté comme plus value, quel rendement peut-on en espérer aujourd’hui…). L’expérience est ce qui vous repère et différencie. A l’image du C.V. tout entier, cette rubrique doit être parfaitement structurée.
Q : L’expérience a-t-elle partie liée avec les compétences ?
R : Oui. Une expérience réussie n’est possible que grâce à des compétences avérées, elles sont ce qui donne « du poids » au C.V. Il en existe plusieurs types. Les compétences techniques liées à l’exercice d’un métier donné (comptabilité, communication, etc.), celles transverses associées à la connaissance d’un ou plusieurs secteurs professionnels (banque, administration, voire participation à des projets transversaux telle la « qualité » par exemple, etc.), celles essentiellement personnelles qui sont foncières à tout individu (aptitude à l’humour, capacité à gérer le relationnel, faculté d’adaptation, etc.) et celles liées à la maîtrise d’outils (logiciels, informatique, langues, etc.). Cela exige au préalable une profonde et exhaustive réflexion sur soi-même. Qui en fait l’économie échoue !
Q : Mais il y a toujours une certaine pudeur à parler de soi…
R : Comprenons-nous bien. Il n’y a là aucune honte. Quel souci auriez-vous à le faire ? Qu’avez-vous de répréhensible ? Un C.V. n’a pas d’autre objectif que de parler de soi-même. Il y en dira d’autant plus sur vous que vous seul pouvez y mettre ce que vous êtes vraiment. Oui, il ne faut pas avoir peur de parler de soi. Tout d’abord, parce que qui mieux que vous vous connaît ? Qui mieux que vous y a intérêt ? De fait, si vous n’êtes pas vous-même votre propre public, qui vous applaudira ? Je veux simplement dire que dans « compétences », nous les anciens de la Défense nous avons de quoi remplir la rubrique. En effet, c’est comme si elle était faite pour nous puisqu’il s’agit de mentionner « notre savoir être et notre savoir faire », c’est précisément ce qui nous caractérise le mieux .
Q : Enfin il reste les activités…
R : Cette rubrique ultime est tout sauf un dernier truc à remplir « comme ça, en passant, presque par hasard ou parce que convenu ». Ce n’est pas un amas anarchique d’informations autant diverses qu’inutiles. Se souvenir aussi qu’on est dans le registre du privé. Tout ce qui concerne vos loisirs et/ou vos occupations extra-professionnelles doit être pertinent, le plus possible en correspondance avec le poste désiré. Evitez donc ce qui pourrai...
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