LA TIRADE DES PIEDS
On n’en parle pas assez, aussi rendons hommage à nos pieds !
Après tout, nous sommes fantassins et marcher est notre métier. Dès lors, loin de faire le pied de grue ou de couper l’herbe sous le pied de quiconque , rendons-leur hommage au pied levé , sans pied à coulisse , ni pied-de-roi , et, même mesurés en pieds anglais , à vous de compter, -sur vos doigts de pieds , bien sûr-, les pieds de ces vers , s’ils existent.
En effet, l’expression « bête comme ses pieds » n’est pas à prendre au pied de la lettre .
Sont-ils plus à fouler aux pieds qu'un avion, un char ou un cuirassé ? A tout le moins, pourquoi ne sont-ils pas tous traités sur un même pied d’égalité ? Je m’explique sur la pointe des pieds . Est-ce raisonner comme un pied que de dire : avec ou sans pied marin , un marin, ( pied-noir ou pas, peu importe), ne navigue que sur l'eau… Le cavalier, pied à l’étrier , ne quitte pas la route, ni le tringlot, sauf à mettre pied à terre ... Le sapeur, pied au plancher , armé de pied-de-biche , ne traverse pas une rivière sans pont, sauf à sauter à pieds joints … Quant à l'aviateur, qui n’ a guère les pieds sur terre , il n’atterrit pas n'importe où, sauf à finir six pieds sous terre un pied déjà dans la tombe .
Tandis que le biffin, lui, dès qu’il met un pied devant l’autre , il met le pied dehors .
Bon pied bon œil , sans pied plat ni pied d’athlète , pas même sur le pied de guerre , il va à pied et prend pied partout. Il court entre les pieds des arbres , roule dans les fossés parmi les pieds d’alouette sur pied . Mis au pied du mur , il le franchit et retombe sur ses pieds . De même sans lever le pied , il vole au secours des copains, trotte pour rattraper le train avec entrain, afin de déguster au plus vite avec eux, un verre à pied à la main, pied de cheval et pied de veau ou pied de cochon … Enfin, il passe tout gué tant qu’il a pied , sans perdre pied , voire à pied sec pour n’avoir pas à sécher sur pied .
Oui, ayant le pied sûr , dans la nature il est à pied d’œuvre , et ses pieds ne touchant plus terre , il a forcément le monde à ses pieds .
Pour cela, il entretient ses pieds . Car il a appris depuis longtemps « De quoi sont les pieds ? » « Les pieds sont l’objet de soins constants ! »
Aussi quand il se casse les pieds , l'idée ne viendrait à personne de les remplacer, sauf à être un pied nickelé avec les deux pieds dans le même sabot . Bien plus, si pied bot , il est exempt de « rangeos », alors, il les essuie et les suis de pied ferme à l’infirmerie du quartier Guillaut. Là, ne remuant ni pied ni patte , se délassant en les délaçant, il tient ses pieds au chaud et en éventail jusqu’à être sur pied . Et d’ être en pieds de chaussettes ou en nu-pieds lui enlève une belle épine du pied . Du moment qu’il ne quitte pas l’hôpital les pieds devant, jamais contre eux il ne râle et toujours se remettant sur pied , évitant plutôt de se lever du pied gauche , il repart du bon pied , du pied droit donc de préférence, un pied chaussé et l’autre nu au besoin, jurant de ne plus jamais y remettre les pieds .
Mieux, il entretient avec ses pieds une certaine complicité . Car ses pieds traduisent haut le pied ses sentiments.
Chevillés à son corps, ils expriment mépris, impatience, amour, torts. Tout dépend, s’il fait des pieds de nez ou s’il donne un coup de pied , aux va nu-pieds qui lui marchent sur les pieds , histoire de leur faire les pieds .
Aussi, on peut à pied, à cheval, en voiture discourir sur les armes sophistiquées.
Il n’est ni jaloux, ni alambiqué, ni ne reviendra sur ses pieds ou ne se jettera aux pieds de quelqu’un. On dirait de quoi… il « semelle »… il fait des pieds et des mains … se mélange les pieds … fait du pied … se place les pieds … et tirant comme un pied se tire dans les pieds …
Oui, on sait fort bien que l'odorat comme la critique est délicat et que le fantassin, de pied en cap , de la tête aux pieds , avec sa rude face de trogne, manque d'apparat.
Mais à regarder de plus près ce portrait en pied , on sent qu’il est à l’image de ses pieds , ses bons pieds qui ne rouillent pas, qui lui servent à travailler d’arrache-pied , à vaquer sans trainer les pieds , et que ‘‘ c’est le pied ’’ pour qui ne vit point sur un grand pied , ne s’habille jamais en pied-de-poule , ni ne se mouche du pied , mais sait toujours sur quel pied danser .
Dès lors, mettons les pieds dans le plat , entrons-y pied à pied de plain-pied et à pieds joints , coinçons le pied dans la porte s’il importe, reconnaissons que ses pieds ont du talon autant qu’il a du talent, or d’avoir autant de génie sous le pied ne se trouve pas sous les pieds d’un cheval !
Voilà pourquoi j'aime mes pieds , dit le fantassin culotté -mais c’est une autre histoire- au point que, honni soit qui mal y pense, le soir dans son pied-à-terre , prenant son pied , il couche avec, puisqu’il a trouvé chaussure à son pied .
Quant à moi, en bas de ce pied de page rempli de pieds de mouche , avant de me prendre les pieds dans le tapis , je lâche pied pour ne pas risquer, pieds et poings liés , d’ être mis à pied à trop jouer le comique troupier .
Thierry Lefebvre
Largement utilisées par les anglo-saxons, les sociétés militaires privées sont un sujet délicat en France. Cela n'empêche pas la Défense d'étudier la possibilité d'y avoir recours.
Il est plus difficile de quitter la Légion étrangère que d'y entrer. Et rares sont ses anciens (Les Maréchaux) à aligner un parcours probant d'entrepreneur comme celui de Minh Tran Long : ce Franco-Vietnamien de 47 ans est le cofondateur de Crossroads (entreprise de logistique événementielle et d'organisation de sons et lumières) et d'Agent double, agence de photographes de mode.
C’est avec
professionnalisme
que les membres fondateurs d’Implic’action ont présenté l’association-réseau de reconversion du personnel de la Défense lors de la
journée inaugurale du jeudi 8 octobre 2009 à Paris
.
D’emblée, ils ont voulu témoigner du sérieux avec lequel ils concevaient l’entraide qu’ils proposent désormais à leurs pairs en voie de retour vers la vie civile. Ils avaient choisi le grand amphithéâtre Foch de l’Ecole Militaire pour inviter autorités militaires et civiles ainsi que le public à se déplacer pour les écouter.
IMPLIC’ACTION : UN RESEAU SOCIAL COMMUNAUTAIRE
UN IMPLIC’ACTIF PARLE DE L’ACCOMPAGNEMENT
D’UN IMPLIC’ACTEUR
Thierry Lefebvre, comment concevez-vous la reconversion ?
La reconversion est tout sauf facile , mais ce qui la « sauve » c’est qu’elle est action. C'est un mouvement . La personne qui la vit doit donc la vivre comme un passage non comme un état, comme une dynamique non comme quelque chose de statique. Ca veut dire que toute reconversion est éprouvante au même titre que lorsqu’on sort d’un univers connu et qu’on plonge dans l’inconnu, mais que ce côté pénible ne dure pas, il n’est que passager. Ou plutôt, attention : il ne doit être que temporaire ! La reconversion est faite de dédales, mais ce labyrinthe à une issue , c’est un emploi dans le civil. Implic’action est un des fils d’Ariane qui y conduit.
Pouvez-vous précisez davantage comment le personnel de la Défense vit ce changement de cap professionnel ?
Imaginez une personne qui travaille dans un monde clos , préservé, quelque peu étanche aux pressions extérieures, imaginez cette personne qui a trouvé au fil du temps ses marques, progressivement elle s’est habituée à ce qu’elle fait et en est heureuse, en retour les autres lui sont reconnaissants. En un mot, elle y est bien, elle en est fière ; certes, il y a parfois des déceptions, mais elle n’ignore pas que l’herbe ne serait être plus verte ailleurs.
Or un jour, parce qu’elle l’a décidé ou qu’elle arrive au terme de son contrat, elle doit le quitter. Alors, elle entre dans un couloir où elle ne peut plus revenir en arrière, ni arrêter ses pas. Au fond, devant, il n’y a qu’une porte, c’est la sortie, ce débouché tant redouté qui s’ouvre, fatalement, après un lugubre décompte de jours, avec un claquement sec. Et voilà la personne dehors, comme éjectée , en une fraction de seconde tandis que la porte se referme définitivement dans son dos. Vous comprenez qu’une telle perspective, qu’une telle expectative fasse peur. C'est une échéance que tous connaîtront.
Cet extérieur est-il si horrible à appréhender ?
Le monde civil est dur et ne pardonne pas pour la plupart des ressortissants de la Défense qui sortent des armées . C’est un fait général. La grande majorité de ces gens-là ont été excellents dans leur domaines d’action (techniques, tactiques, administratifs). Leurs appréciations hiérarchiques en témoignent. Ils ont maitrisé leurs outils, leurs moyens, leurs méthodes. Ils appartenaient à un corps professionnel estimé par la nation française et respecté dans le monde entier. Parmi eux, se mêlent des combattants qui sont intervenus courageusement sur des théâtres d’opérations extérieurs.
Or, invariablement, une fois à l’extérieur du ministère, tous deviennent vulnérables. Eux les gens d’armes sont démunis. Ces « commandos » n’ont plus de repères, le privé leur apparaît comme une vaste zone d’embuscade où ils n’ont aucun endroit pour s’abriter. Ils se trouvent dans la situation de devoir livrer une bataille pour laquelle ils n’ont pas été entrainés . Ils ont peur et ont des raisons d’avoir peur. Angoissés, fragilisés, ils le vivent très mal.
N’avez-vous pas le sentiment de brosser un tableau par trop noir de la vie hors du quartier ?
Tous ceux qui ont vécu ce moment où la barrière du quartier militaire (ou de la base ou de l'arsenal...) s’abaisse tel un couperet, vous confirmeront qu’à ce moment fatidique ils ont ressenti une montée d’adrénaline. La gorge se serre Le cœur s’accélère. C’est le moment où on réalise que plus rien ne sera comme avant. Qu’une page est tournée. Qu’il va falloir aller de l’avant. L’écueil c’est que souvent on veut bien réagir, après tout on a été « drillé » à riposter, seulement cette fois les reflexes ne répondent plus. Où aller ? Et pour quoi faire ? Il n’y a rien devant soi qu’une grande route encombrée de chicanes qui se perd dans un glacis obscur et sur lequel tombe un crachin.
Sincèrement n’êtes-vous pas pessimiste ?
Si bien sûr. Et cependant, parfois la sortie de l’enceinte ressemble à cette désolation. Néanmoins, il va de soi que non, il ne pleut pas à chaque fois. Non, la route ne mène pas obligatoirement nulle part. En fait, tout dépend du comment on s’est préparé à sortir . Est-ce qu’on a pris assez d’élan, autrement dit est-ce qu’on a réfléchi suffisamment pour bien évaluer le bond en avant ? Est-ce qu’on a eu la chance d’identifier un point de chute ? Le terme est approprié : un point de « chute ». Mais avant que d’atterrir, quitter les armées, c’est comme passer par la portière, il est préférable d’avoir un « pépin », Implic’action est ce parachute.
Certains de vos camarades ont-ils su anticiper leur départ ?
Bien naturellement, et ce dans toutes les catégories de personnel, militaires du rang sous-officiers comme officiers. Nous le leur conseillons quand nous intervenons en amont dans les unités militaires. Ceux qui anticipent leur départ réussissent au plus vite leur retour à la vie civile . On en connaît qui, à peine les rangers dehors, -rangers non plus vraiment, disons les mocassins-, qu’ils chaussent déjà d’autres bottes et s’en vont bosser ailleurs avec une énergie renouvelée, parés pour leur nouveau environnement, comme si de rien était. Une nouvelle vie commence pour eux où ils sauront de nouveau donner le meilleur d’eux-mêmes.
Et pour les autres, il n’y a plus d’espoir ?
Les autres restent là, hébétés, les bras ballants se demandant ce qu’ils ont fait pour mériter cet abandon. Qu’on les rassure ! Ils n’ont rien fait que de n’avoir justement rien fait .
Aussi que pouvez-vous pour eux ?
Il serait prétentieux d’affirmer tout, mais au moins « beaucoup ».
Que veut signifier ce "beaucoup" ?
Je vais donner deux exemples. Le premier des avantages qu’Implic’action leur apporte, c’est de mettre à leur disposition un espace de rencontre avec d’autres ex-de la défense qui ont vécu la reconversion ou qui sont en train de la vivre. Dans ce lieu (virtuel grâce au site informatique, mais aussi physique et concret partout où un implic’actif est en mesure de créer un centre de rencontre), à loisir, ils peuvent échanger entre eux, ils peuvent être conseillés. Ils s’expriment à l’envi. Ils sont écoutés. Ils sont entendus. Librement. Sans crainte d’être jugés ou moqués. De fait, quand on a le sentiment d’être seul parce qu’on a laissé derrière soi des camarades de toute une vie, on apprécie de retrouver un endroit chaleureux qui rappelle la chambrée ou le mess ou la guitoune… Implic’action recrée du relationnel vert-armé .
Implic’action créateur de lien humain… Et le second exemple de ce qu’apporte Implic’action, qu’est-ce ?
Après redonner de la cohésion, le deuxième apport d’Implic’action est d’une importance encore plus grande : c’est
donner du sens
. Il passe par l’accompagnement que nous les implic’actifs proposons aux implic’actieurs. Un implic’actif est un ancien de la Défense qui s’étant reconverti aide un implic’acteur, celui qui a besoin d’aide pour se reconvertir. (Moyen mnémotechnique : implic'acteur = celui qui est acteur de sa propre reconversion ; implic'actif = celui qui est déjà actif dans le civil)
Comment se passe cette aide de l’implic’actif envers l’implic’acteur ?
Je ne peux parler que de ce que je pratique moi. Mes amis cofondateurs le font également mais chacun le fait à sa manière selon sa personnalité et en fonction de son vécu. Retenons que les fondamentaux sont cependant semblables.
En ce qui me concerne, je fais un accompagnement individuel et personnalisé . Comme l’implic’acteur vient à moi en vue d’obtenir un emploi dans les meilleurs délais, ma mission est de redessiner avec lui son itinéraire professionnel et surtout de le prolonger.
Concrètement comment intervenez vous-même en tant qu’implic’actif ?
Tout mon accompagnement est destiné à lui faire prendre conscience des obstacles à l’évolution de son projet, à la croissance et ainsi trouver des pistes et solutions nouvelles et créatives afin d’ optimiser l’implic’acteur avec ses propres attentes et celles du milieu professionnel envisagé.
Quelles sont les étapes de cet accompagnement ?
Mon premier objectif est de mesurer chez mon implic’acteur où il en est de son estime de lui-même , et ce dans une stricte confidentialité. J’ai besoin de savoir où est son curseur de confiance si déterminant pour développer (ou rebooster) sa personnalité et réduire son niveau d’anxiété. Il s’agit de lui (re)donner envie de tenter l’aventure et de gagner véritablement. Le but c’est de le positionner devant un « miroir intelligent » pour qu’il repère ce qu’il est et non pas ce qu’il pense être ou ce que les autres lui disent qu’il est. Cette confrontation de l’émergence de ces désirs avec la réalité du terrain, parfois sévère et désespérante, se doit d’être progressive et soutenue par la disponibilité de l’implic’actif, sinon l’implic’acteur se décourage et lâche.
Une fois mis en lumière ses ressources propres dans leurs dimensions physiques, affectives, intellectuelles, sociales, une fois qu’il est sécurisé intérieurement, nous pouvons clarifier ensemble ses savoir faire . Que sait-il faire ? Que veut-il faire ? Que peut-il faire ? Comment arriver à le faire ? Cette fois, on aborde le « ce qu’il vaut » par rapport à son projet pro pour le profiler afin qu’il soit réaliste et réalisable.
Est-ce que l’implic’acteur doit axer sa recherche de travail sur ce qu’il sait faire ?
Non. Ce ne peut être systématique . Nous savons que les militaires présentent parfois des savoir faire nullement transférables dans le civil. C’est la raison pour laquelle mon accompagnement vise à révé...
« SAVOIR QUI ON EST » POUR « SAVOIR QUOI FAIRE »
Thierry Lefebvre dans votre accompagnement vous insistez beaucoup sur « apprendre à mieux se connaître soi-même », pourquoi est-ce si essentiel pour un implic’acteur ?
Se connaître est la base première pour développer sa personnalité, pour réduire son stress, pour donner envie de continuer l’aventure (= l’existence) et de gagner. De ce fait, on comprend aisément combien lors d’une reconversion cette connaissance de soi importe. Croire en soi, c’est croître. Et croître prime énormément quand on se lance dans une vie nouvelle. Au contact des implic’acteurs, j’ai pu vérifier que se trouver, c’est trouver du travail, sous-entendu, chercher ce qu’on est vraiment, c’est chercher à valoir plus et valoir plus fait forcément la différence dans la recherche d’un poste. C’est se mettre à la poignée de l’éventail des offres d’emploi. Car enfin, d’où l’implic’acteur partirait-il en reconversion s’il ne partait pas d’abord de lui-même ?
Mais un implic’acteur engagé dans sa reconversion, pour ne pas dire englué, a-t-il le temps et le souci de lui-même ?
S’il y a bien un moment où prendre le temps de se connaître est fondamental, c’est lors du changement de cap professionnel. Se repositionner, c’est idéal pour faire un point de situation sur soi-même et son environnement (personnel, familial, professionnel). Après tout, se découvrir n’est jamais superflu, à plus forte raison quand se profile une nouvelle voie à laquelle il faudra inévitablement s’adapter. Autant y faire face en pleine possession de tous ses atouts. Et régénéré au maximum, tel un être nouveau. Oui, se connaître soi-même, c’est se sentir plus fort parce qu’on connaît ce dont est capable et ce qu’on ne peut accomplir ; on n’en est que plus heureux puisqu’on n’a plus de raison de s’en cacher soi-même.
Seulement tout le monde se connaît ?
Etes-vous sérieuse ? Quelle prétention ! Comment expliquer alors que lors des séminaires orientés vers les relations humaines et le management ce qui intéresse le plus les participants, c’est encore et toujours eux-mêmes ? Pourquoi sont-ce les tests de personnalités qui remportent toujours et encore un franc succès ? Voyez l’étendue des rayons de développement personnel dans les librairies. Non, le « connais-toi toi-même » de Socrate a encore de beaux jours devant lui. Parce que se pencher sur soi est un puits sans fond ; que c’est plaisant. Une vie n’y suffit.
Quelles sont les raisons qui poussent vos implic’acteurs à venir à vous « se connaître » ?
A chacun la sienne. Et toutes sont respectables. Mais pour la majeure partie d’entre eux, ils savent que celui qu’ils ont été sous les armes ne sera pas le même dans la vie civile. Ils ont effectivement l’intime conviction que le militaire qu’ils ont été ne peut perdurer. Ils ont ancrée au plus profond d’eux-mêmes une impression floue que l’ignorance de ce qui les attend rend plus opaque encore. Mais ils la savent fondée. Ils savent qu’ils doivent changer au risque d’être inadaptés. Ils ont conscience que l’uniforme doit être raccroché. Mais ils ignorent quelle tenue adopter. Il faut les habiller au sens figuré comme au sens propre parfois.
Que disent en général les implic’acteurs ?
"J’ai beau avoir une solide formation de base, je me suis forgé un mental d’acier, j’ai de la méthode et sais m’organiser, mais je sens que cela ne suffit pas. Je m’efforce d’améliorer mon image de marque pour paraître moins « militaro-militaire », mais j’ai l’impression que je m’y prends mal. Toutes les actions correctives produisent des effets inverses de ceux que je souhaite. Il m’arrive de ne plus me comprendre. J’ai peur de ne pas être prêt pour la vie civile. J’ai besoin d’un regard extérieur qui me « retouche » par petites touches, bien sûr..."
Que mettez-vous derrière cette fameuse expression « mieux se connaître soi-même » ?
Se connaître c’est poursuivre cette exploration de soi à laquelle la vie ne serait mettre un terme. C’est augmenter sa prise de conscience de soi, des autres, de tout ce qui nous entoure. C’est être présent au monde. C’est identifier ses blocages relationnels et nos évitements du contact. Et c’est enfin connaître ses limites sur le plan physiologique, psychique et émotionnel ; ceci est un point fondamental qu’il convient de ne pas négliger lors d’un parcours de reconversion. On est si vite fatigué durant cette période de questionnement qu’il faut se garder en bonne santé.
Vous évoquiez le « connais-toi toi-même » inscrit sur le fronton du temple de Delphes, mais il y a aussi le « je pense donc je suis » ?
Descartes apporte l’avantage de décliner la connaissance de soi avec méthode. Chacun peut aisément, estime-t-il, dire « je suis ceci, je ne suis point cela, ou je ne sais pas trop ». Mais loin de faire de la philosophie, mon rôle d’implic’actif consiste surtout de permettre à l’implic’acteur de remettre en question « ce qu’il croit qu’il est » afin de se laisser surprendre par le jaillissement d’aspects méconnus, voire inconnus de lui-même. Et la boucle est bouclée, « toute connaissance ne commence-t-elle par le doute » écrivait le bon René D…
Est-ce que cette connaissance de soi conduit à « devenir enfin ce que l’on est » ?
J’entends qu’on reste sur la crête des penseurs. C’est tant mieux, l’air est plus frais. Mais pour retomber à ce qui nous occupe, retenons que quitter la Défense, c’est se donner l’opportunité de devenir acteur de son destin. C’est pourquoi, je le répète, modeler son devenir professionnel doit être perçu comme une chance de prendre sa vie en main. De la prendre… enfin ou non ? En tout cas, c’est le moment de se donner les moyens de réussir son second parcours de vie. Et bien sûr, l’Implic’actif est là « en soutien » comme on dit à l’armée pour aider… pour ne pas se louper.
Mais n’y a-t-il pas un écueil à vouloir trop se connaître soi-même ?
Vous savez le premier obstacle, c’est nous-mêmes. Combien d’implic’acteurs mettent des propres freins à leur connaissance d’eux-mêmes ? Combien reculent devant l’idée d’avoir une autre approche d’eux-mêmes estimant que leur expérience au ministère leur a tout appris sur eux. Et que dire de l’âge… De telles attitudes sont regrettables. Elles font passer à côté de soi. C’est même plus que dommageable quand on réalise que trouver un travail dans le privé repose moins sur ce que l’implic’acteur a été que sur ce qu’il peut être. Plutôt que de se fermer, il faut donc s’ouvrir à soi. L’accompagnement avec un implic’acteur sert justement à mettre à la lumière les richesses de sa personnalité non révélées. Je comprends que descendre en soi peut faire peur, mais diable, nous avons appris à trembler et à avancer quand même ! Partir à l’assaut de soi, c’est gagner la guerre du retour à la vie civile. Go ! Il y a une vie après l’armée, vivons-là à fond.
Thierry LEFEBVRE est un implicactif de la première heure, cofondateur de l'association. Il réside à Montpellier et intervient dans le "grand Sud".
Il est joignable sur : languedocroussillon @ implicaction.fr
Question par Chantal Richy
Ouvrir son entreprise de déco après une carrière à l'armée, impossible ? Pas pour Natacha Kolacinsky. La Somainoise l'a fait. Sa spécialité ? La fresque pédagogique. À l'hôpital de Valenciennes, elle en a recouvert les murs.
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La cigale, disposait d’un bon carnet d’adresse
et le sollicita en quittant le ministère de la Défense.
Elle n’eut ainsi aucun mal à trouver un emploi.
Fière de son coup, elle ne pensa pas à remercier son réseau
persuadée qu’elle était que cet emploi serait durable.
Lorsque la crise survin...
Lire la suite...L’AFPA célèbre cette année son 60ème anniversaire. A cette occasion, elle organise les Trophées de la reconversion professionnelle : lancement officiel le 27 avril 2009.
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